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Qualités architecturales
Les émotions de la mémoire
Table ronde du 12 octobre 2007

Au début du XXème siècle, Genève avait, sous le nom de «concours de façades», une pratique publique d’évaluation de la qualité architecturale, calquée sur des modèles parisiens et viennois: prix et diplômes étaient attribués aux meilleures façades. Initiée par la Commission d’art public et l’Association des intérêts de Genève, cette forme de compétition avait pour objectif de «faire sortir les dispositions des façades de la banalité dans laquelle se maintiennent trop facilement les constructions élevées uniquement en vue du revenu locatif».

Revitalisés dans les années 1930, les «concours de façades» n’ont pourtant pas été reconduits dans le second après-guerre, jugés certainement anachroniques et ayant perdu de leur sens face aux gigantesques tâches de reconstruction qui se profilaient à l’horizon. Mais ils nous donnent des renseignements précis sur les préoccupations de l’époque: la qualité architecturale était alors assimilée à l’esthétique architecturale, dans une perspective critique ayant pour toile de fond le rôle éthique et artistique de l’architecte, l’embellissement des villes et l’éternelle querelle entre les Modernes et les Académiciens.

De nos jours, il est certes très difficile de définirde façon précise et univoque ce qu’est la qualité architecturale et peut-être n’arriverons nousjamais à une définition qui nous satisfasse entièrement. En effet, par rapport à d’autres périodes historiques plus ou moins lointaines, l’architecture s’est particulièrement complexifiée, et traiter de sa qualité paraît à première vue mission impossible. Il est pourtant curieux deconstater que, tout comme au temps des «concours de façades», la période contemporaine accorde une grande importance à l’esthétique architecturale, mais vue sous un angle différent : celui de la capacité d’une œuvre architecturale à nous émouvoir.

Une architecture de qualité est donc celle qui parvient à susciter des émotions esthétiques à travers, notamment, l’effet de la découverte, de l’inattendu et même du mystère. Il s’agit avant tout de détourner certaines formes de leur sens premier, de construire avec des matériaux insolites, de trouver des expressions inédites à partir de la mise en oeuvre de matériaux triviaux, de «dénaturer» les façades par l’intégration de messages électroniques. On cherche à provoquer des regards «nouveaux» enjouant aussi sur des paradoxes tels que «l’épaisseur devenant lumière» ou «la densité simulant la légèreté»; on cherche à étonner, parfois même à dérouter.

Est-ce à dire que nous, architectes, sommes condamnés à viser des émotions fortes, immédiates? Pour mériter le qualificatif de «qualité», l’architecture, doit-elle nécessairement faire sensation? Ces interrogations semblent légitimes tant la plupart des revues spécialisées, entraînées par le mouvement de virtualisation médiatique de notre société, leur accordent une large part dans leurs pages; elles contribuent pourtant à occulter une autre acception, plus profonde, de la même question, se rapportant aux volutes de notre histoire. Dans son texte Architecture, écrit en 1910, Adolf Loos nous rappelle en effet que si la tâche de l’architecte est justement de préciser les émotions qu’une architecture doit éveiller en nous, «il ne peut y parvenir que s’il s’inspire des constructions qui ont jusqu’à présent fait naître un tel état d’âme en l’homme». Et c’est peut-être dans ce geste de mémoire, dans cette capacité à nous faire revivre, dans des formes nouvelles, des sentiments à la fois enfouis et intenses, que réside la première qualité architecturale d’une œuvre.

Bruno Marchand, professeur EPFL

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Introduction
M. Erik Langlo, président FAI
M. Patrick Vallat, architecte

Conférences
M. Aurelio Galfetti, architecte, co-fondateur de l’académie d’architecture de Mendrizio (TI)
M. François Jolliet, architecte et président de la DRA (VD)
M. Pierre Feddersen, architecte-urbaniste (ZH)
M. Eric Perrette, architecte cantonal (VD)

Modérateur: M. Jean-Philippe Rapp

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